
Rijksmuseum · chantier visible du public
La restauration de La Ronde de nuit
Attaques, anciennes interventions, étude scientifique et retrait des vernis : comment le plus grand projet de recherche et de conservation jamais consacré au tableau protège aujourd’hui le chef-d’œuvre de Rembrandt.
Où en est le chantier ?
La restauration est toujours en cours : les restaurateurs retirent actuellement d’anciens vernis.Lancée à l’été 2019, Operation Night Watch — souvent appelée en français Opération Ronde de nuit — a commencé par une campagne d’examen sans précédent. Après le remplacement du châssis en 2022, l’équipe a entamé fin 2024 le retrait des vernis anciens.
Le travail se déroule dans une enceinte vitrée construite dans la Galerie d’honneur du Rijksmuseum. Les visiteurs peuvent donc observer la conservation en direct. Il ne s’agit pas d’un « nettoyage » rapide : chaque zone est testée, documentée et traitée à l’échelle du millimètre.
Une histoire mouvementée
Les restaurations et accidents avant 2019

Pourquoi intervenir ?
Un tableau fragilisé par son histoire matérielle
La peinture de Rembrandt n’est qu’une partie de l’objet actuel. Au fil des siècles se sont ajoutés vernis, retouches, mastics, doublage de toile et changements de châssis. Certains matériaux ont protégé l’œuvre ; d’autres ont vieilli, jauni ou modifié son comportement mécanique.
L’étude a également observé des déformations, surtout dans l’angle supérieur gauche, provoquées par une tension inégale. Des pigments ont changé : le smalt bleu s’est décoloré, les pigments au plomb ont produit des savons métalliques et le chien a perdu une partie de sa lisibilité. La restauration doit donc distinguer la peinture originale, les transformations irréversibles et les ajouts plus récents.
14 septembre 1975
Comment les grandes entailles ont-elles été réparées ?
Après l’attaque au couteau, douze coupures traversaient la toile. Certaines pendaient en longues languettes. Les conservateurs ont remis les bords en place, consolidé les fibres et comblé les lacunes avant de retoucher uniquement les zones perdues.
Un nouveau tissu de doublage fut fixé au revers avec un mélange de cire et de résine. Cette intervention renforça l’ensemble, mais elle fait désormais partie de l’histoire matérielle que l’équipe actuelle doit comprendre et surveiller. Les restaurateurs d’aujourd’hui ne cherchent pas à faire disparaître tout témoignage de l’accident : ils veillent surtout à la stabilité et à une lecture visuelle cohérente.
Une cicatrice maîtrisée : vue à distance, la réparation se fond dans l’image ; sous examen rapproché ou scientifique, elle reste documentable. Une bonne restauration n’efface pas l’histoire de l’objet.

Voir avant de toucher
Comment les scientifiques cartographient-ils le tableau ?
Le projet combine photographie à très haute résolution, imagerie chimique et observations microscopiques. L’objectif n’est pas seulement de produire de belles images, mais de relier chaque craquelure, pigment et couche à sa position exacte.

Traitement structurel
Pourquoi remplacer le châssis en bois ?
Après deux ans et demi d’étude, la toile a été couchée face peinte vers le bas. L’équipe a retiré les 564 semences qui la fixaient au châssis de bois installé en 1975. Les bords du doublage ont été aplanis et préparés pour un nouveau système de tension.
Depuis mars 2022, le tableau repose sur un châssis rigide en aluminium. Des tiges et des ressorts répartissent la tension de manière beaucoup plus régulière ; des capteurs permettent de la suivre. Ce dispositif limite les déformations qui apparaissaient lorsque le bois, la toile ou le climat évoluaient différemment.
Ce changement ne concerne pas l’image peinte : il agit derrière la toile. Pourtant, la qualité de ce soutien est essentielle pour éviter plis, tensions locales et mouvements futurs.
Phase en cours
Retirer les vernis sans atteindre Rembrandt
Les couches retirées ne sont pas le vernis original de Rembrandt. Elles datent principalement des interventions des années 1970 et 1990. Avec le temps, elles se sont altérées et nuisent à l’unité de la surface.
Les tests ont comparé plusieurs méthodes. Le retrait principal se fait avec un tissu fin chargé d’un solvant précisément choisi ; les traces résistantes sont ensuite travaillées sous microscope avec un coton-tige. Chaque passage doit dissoudre le vernis sans gonfler ni déplacer la peinture.
À mesure que le vernis disparaît, certaines zones semblent temporairement mates ou ternes. Cet aspect est attendu pendant le chantier : la surface n’a pas encore reçu son traitement final et ne doit pas être jugée comme une présentation achevée.

Limites éthiques
Ce que la restauration peut — et ne peut pas — restituer
Ce qu’elle peut faire
- stabiliser la toile et répartir sa tension ;
- retirer des vernis non originaux lorsque cela est sûr ;
- consolider les soulèvements et fragilités ;
- atténuer visuellement les lacunes par une retouche réversible ;
- documenter et surveiller l’évolution de chaque zone.
Ce qu’elle ne doit pas inventer
- repeindre les pigments irréversiblement décolorés ;
- faire passer une reconstruction moderne pour la main de Rembrandt ;
- effacer toute trace des attaques ou traitements anciens ;
- recoller les bandes coupées en 1715, qui ont disparu ;
- uniformiser une matière volontairement variée.

Ce que la recherche a révélé
Une esquisse sous la peinture et des effets transformés
L’imagerie a mis en évidence une première mise en place peinte au-dessous de la composition visible. Rembrandt a esquissé les grandes masses et certaines lignes avant de construire figures, armes et architecture.
Les analyses éclairent aussi des passages devenus difficiles à lire : un nuage de fumée plus présent à l’origine, le chien traité rapidement, ou des effets d’empâtement obtenus avec des préparations contenant du plomb. Elles montrent surtout que l’aspect actuel est le résultat conjoint du geste de 1642 et de presque quatre siècles d’évolution.
Ces découvertes guident le traitement, mais enrichissent aussi l’histoire de la technique de Rembrandt : il ajustait sa composition en cours de travail, alternait couches minces et reliefs, et exploitait la réaction de la lumière sur la matière.
Un chantier ouvert
Peut-on encore voir La Ronde de nuit ?
Oui. Le Rijksmuseum maintient l’œuvre dans la Galerie d’honneur, derrière une enceinte transparente. Selon la phase de travail, des échafaudages, appareils, restaurateurs ou zones mates peuvent modifier la vue. Cette présentation fait partie du projet : le public voit non seulement un chef-d’œuvre, mais aussi les soins nécessaires à sa transmission.
Le calendrier dépend des observations faites en cours de traitement. Une restauration de cette ampleur ne peut être conduite selon une date arbitraire : une couche plus résistante, une retouche ancienne ou un comportement inattendu peuvent demander de nouveaux tests.
Avant une visite : consultez la page officielle d’Operation Night Watch pour connaître la phase actuelle et les éventuelles conditions d’observation.

Poursuivre la visite
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Questions fréquentes
FAQ sur la restauration
La restauration de La Ronde de nuit est-elle terminée ?
Non. Le projet est toujours en cours. Après l’étude commencée en 2019 et le traitement structurel de 2022, le Rijksmuseum retire actuellement les anciens vernis, une phase lancée fin 2024.
Pourquoi appelle-t-on le projet Operation Night Watch ?
C’est le nom international choisi par le Rijksmuseum pour la plus grande campagne de recherche et de restauration jamais consacrée au tableau. En français, on rencontre aussi « Opération Ronde de nuit ».
Le tableau a-t-il déjà été restauré auparavant ?
Oui, à de nombreuses reprises. Les interventions de 1975–1976, après l’attaque au couteau, et celle de 1990, après l’attaque à l’acide, sont parmi les mieux documentées.
Pourquoi le tableau paraît-il parfois mat pendant les travaux ?
Parce que les vernis sont retirés progressivement. Les zones déjà traitées n’ont pas encore leur présentation finale et peuvent donc sembler temporairement plus mates.
Le nettoyage risque-t-il d’enlever la peinture de Rembrandt ?
Les solvants et méthodes sont testés précisément avant emploi. Le retrait se limite aux couches de vernis non originales et les résidus sont traités sous microscope.
Pourquoi un châssis en aluminium a-t-il été installé ?
Il répartit mieux la tension que l’ancien châssis en bois. Ses ressorts et capteurs permettent aussi de surveiller la toile et de réduire les déformations.
Les parties découpées en 1715 seront-elles recréées sur l’original ?
Non. Les fragments sont perdus. La reconstruction présentée en 2021 était un outil d’étude imprimé autour du tableau, sans modification de l’œuvre.
Peut-on voir les restaurateurs travailler ?
Oui. Le chantier a été conçu dans une chambre vitrée au Rijksmuseum, afin que le public puisse suivre les grandes phases de l’intervention.
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